Centrale nucléaire de Penly: un incident bénin ?

Publié le par mablysansnucleaire

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« Peu d'informations sur les causes des incendies, un signalement tardif de la fuite d’eau… La communication de crise d'EDF a des progrès à faire.

 

 

Dans son rapport sur les Evaluations complémentaires de sûreté le 3 janvier, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) recommandait entre autre à EDF, en cas de plan d’urgence, "d’intégrer les moyens de communication indispensables à la gestion de crise au 'noyau dur' de dispositions matérielles et organisationnelles renforcées". Parmi eux, des "moyens d’alerte des pouvoirs publics" et des "dispositifs d’alerte des populations". L’incident survenu jeudi 5 avril à la centrale nucléaire de Penly (Seine-Maritime) n’a certes pas donné lieu à un plan d’urgence mais aurait pu permettre de tester la "nouvelle culture du risque" que l’ASN appelle de ses vœux.

 

L’art des communiqués

 

Version EDF

 

Jeudi 5 avril : un incendie se déclenche vers midi dans un bâtiment réacteur. En milieu d’après-midi, les seules informations délivrées par EDF au grand public (et aux journalistes) sont ses communiqués, publiés sur le site de la centrale de Penly. Peu diserts. Le premier se contente de mentionner : "une alarme incendie déclenchée suite à un dégagement de fumée dans un local situé dans le bâtiment réacteur de l’unité de production numéro 2". Un deuxième mentionne cette fois des "départs de feu", pour assurer aussitôt qu’il n’y a pas "d’autres foyers". Feu de corbeille à papier ?

 

Dans la nuit de jeudi à vendredi, un troisième communiqué, puis un quatrième au petit matin, signalent qu’une "fuite d’eau radioactive" est apparue, a été collectée, et "maîtrisée" à 4h. Par ailleurs, ils précisent que "l’événement" ou "défaut" (sic) a été "classé provisoirement au niveau 1 de l’échelle INES, échelle internationale de classement des événements nucléaires, qui compte sept échelons". Quoi ? Une "fuite" ? De l’eau "radioactive" ? Et c'est maintenant qu'on l'apprend ?

 

 

Version ASN

 

Il faut se rendre sur le site de l’ASN pour y voir un peu plus clair. Ici, les communiqués sont explicites : pas de "dégagement de fumée" mais bel et bien des "flaques d’huile en feu".

 

On y apprend surtout ce qui n’a pas été dit par EDF entre son deuxième et son troisième communiqué : le mercredi vers 19h30, une "fuite anormale sur le circuit primaire" s’est produite, dont l’eau a effectivement été récupérée. On y apprend enfin qu’EDF a appliqué des "procédures de conduite incidentelle pour piloter le réacteur" et que l’ASN a "mobilisé ses équipes dans son centre d’urgence parisien". C’est mieux qu’EDF, même si on aurait aimé un vocabulaire moins technique pour informer le public.

 

Un incident benin ?

 

En réalité, le réacteur 2 de la centrale de Penly a enregistré tour à tour deux départs de feu puis une fuite d’eau, liés aux dysfonctionnements de l’une des quatre "pompes primaires", pièces maîtresses du circuit de refroidissement du combustible. Un problème de joint, détaille vendredi Thierry Charles, directeur général de la sûreté à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).

 

La fuite étant restée "interne", elle a été classée avec l'incendie au niveau 1, celui de simple "anomalie", puisque l’échelle de l’INES ne prend en compte que les rejets radioactifs, qui en l’occurrence n'ont pas eu lieu. Mais l'anomalie témoigne de problèmes de tuyauterie bien réels, dans un réacteur qu'on n'arrête pas comme une chaudière. Or "il y en a eu 141 rien qu’en 2010", rappelle la députée européenne EELV Michèle Rivasi.

 

De plus, cette fuite aurait pu devenir "externe", et entraîner des rejets radioactifs en dehors du bâtiment réacteur. C’est pourquoi dès l’identification du problème, "l’ASN et l’IRSN ont armé leur centre de crise et se sont mis en contact officiel avec l’exploitant", précise Thierry Charles. Un peu plus qu'un simple "défaut", n’est-ce pas ?

 

Plusieurs jours d'arrêt

 

La situation semble avoir été stabilisée vers 4h30. En réduisant la pression d’eau dans le circuit primaire, EDF a réduit la fuite d’autant. Reste à savoir pourquoi le joint de la pompe a flanché. L’analyse des causes pourrait prendre plusieurs jours. Mais le réacteur, lui, pourrait être arrêté plusieurs semaines, si EDF décidait d’en profiter pour procéder au rechargement du combustible.

 

"Il ne redémarrera que lorsqu’EDF aura démontré que la situation a été comprise et réparée", assure Thierry Charles. Nous devrions alors avoir droit à un communiqué. »

 

 

Par Morgane Bertrand
Journaliste Société Planète

 

 

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/planete/20120406.OBS5675/la-centrale-nucleaire-de-penly-r-a-s.html

Publié dans Le nucléaire

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