Discours du Collectif lors du débat public du 23 février

Publié le par mablysansnucleaire

Notre groupe de réflexion et d'information, constitué fin novembre, s'était fixé deux objectifs : obtenir que la CRIIRAD soit consultée pour expertiser le dossier concernant le projet BouyguesConstruction Services Nucléaires (BCSN) et organiser un débat public comme celui de ce soir pour informer largement et en toute transparence la population du Roannais

Nous avons fait aboutir ces deux exigences. Cependant nous constatons d'une part que le dossier, attendu début janvier, n'est arrivé que le 31janvier, ce qui nous avait amenés à reporter le débat prévu dans un premier temps le 28 janvier. Le constat : un dossier bien, bien mince... Vous l'avez découvert au cours de la première partie de cette table ronde entre BCSN et la CRIIRAD. D'ailleurs le Pays Roannais du 21 janvier nous le faisait craindre... M. CHAUVEAU, P-DG de BCSN, y déclarait : « Notre dossier, la CRIIRAD peut le lire et l'instruire en une heure... » Les élus peuvent-ils s'engager sur un dossier aussi flou, notamment pour ce qui concerne la « base chaude » ?

 

Nous remercions Grand Roanne Agglomération et BCSN d’avoir bien voulu participer à ce débat démocratique et citoyen au sujet des risques que pourrait présenter une usine de maintenance de robots travaillant sur des chantiers de déconstruction de réacteurs nucléaires.

Nous partageons avec vous, élus du Grand Roanne, élus municipaux et cantonaux, l'objectif de développer l'activité sous toute ses formes et donc de créer les emplois qui correspondent à cela.  Mais dans le projet qui nous est si chichement présenté, y a-t-il une logique économique et environnementale ?

  Nous remercions Roanne Agglomération  et BCSN d’avoir bien voulu participer à ce débat démocratique et citoyen au sujet des risques que pourrait présenter une usine de maintenance de robots travaillants au cœur des réacteurs sur des chantiers de déconstruction centrales  nucléaires.

M. Avocat, président de Grand Roanne Agglo, a déclaré à plusieurs reprises qu’il était hors de question d’entamer ici un débat sur le nucléaire. Certes pour suivre les desiderata de monsieur Avocat, nous allons donc débattre très démocratiquement mais uniquement des risques sanitaires de l’installation BCSN. Mais comment oublier ce faisant que ce genre  d’installation, justement, représente l’aboutissement de 40 années de politique nucléaire française, et que cette politique, elle, n’a jamais donné lieu à aucun débat.

Après tout il faut être pragmatique, la gestion des déchets et la déconstruction qu’on le veuille ou non, que l’on soit pro ou anti-nucléaire, il va bien falloir s’y attaquer ; Certes ; mais Grand Roanne Agglo s’interdit il toute réflexion sur le contexte de ses choix ? n’est-ce pas  aller un peu vite en besogne et oublier que le type d’atelier qu’on nous propose à Bonvert va aussi conditionner les 30 ou 40 années à venir concernant le nucléaire.         

Alors expliquons nous :

Il faut savoir que la stratégie d’EDF à la fin des années 1990, était de démanteler partiellement les centrales mises en arrêt définitif. Ceci consistait à démonter les installations non nucléaires puis attendre 30 à 40 ans pour que les produits d’activation aient perdu la plus grande partie de leur radioactivité par décroissance naturelle. Mais depuis 2001, avec la création du CIDEN (Centre d’Ingénierie Déconstruction et « Environnement » !) une stratégie plus offensive est désormais adoptée grâce à la robotisation de certaines opérations de démantèlement qui permettent de   réduire considérablement le délai d’attente. La dernière réunion de l’Elysée sur ce sujet est d’ailleurs éloquente.  Cela nous ramène donc peut être à Bonvert ….

Alors pourquoi un tel empressement à démanteler?

 En fait la mise en place de ces technologies robotiques vise non seulement le démantèlement des structures existantes mais aussi la prolongation des structures en place vieillissantes. Pour preuve les recommandations du rapport Roussely (Vice-président Europe de Crédit Suisse et Président d’honneur du groupe EDF) adressées à Nicolas Sarkozy lesquelles indiquent que la disponibilité des centrales nucléaires françaises a diminué depuis quelques années alors même que la disponibilité des centrales nucléaires mondiales a, elle, augmenté sur la même période. Le même rapport  évoque sans ambages la nécessité de renforcer les fonctions régalienne de l’Etat en face de l’Autorité de Sûreté Nucléaire, (l’ASN,) dont il faut rappeler qu’elle est officiellement indépendante; de là à penser qu’il y a de la part de cette autorité des doutes sur la stratégie d’EDF et de l’Etat il n’y a qu’un pas ? Ce pas nous inquiète beaucoup et nous n’hésitons pas à  le franchir : l’ASN se méfierait elle d’un accident grave possible ?

Traduisons simplement : le nucléaire chez nous se porte mal. Ce qui signifie qu’il est important pour l’Etat de redresser rapidement la situation et de soutenir l’extension de fonctionnement à 60 ans de nos centrales, le tout à sécurité constante !

Ce même rapport Roussely évoque les difficultés de construction rencontrées lors de la mise en  place de l’EPR à Flamanville comme à Olkiluoto en Finlande.  Ces difficultés sont bien connues de tous et de Bouygues en particulier ; elles obligent EDF à récupérer rapidement, d’ici à 2025, les sites d’exploitation dont il reste propriétaire c'est-à-dire ceux des anciennes centrales aujourd’hui à l’arrêt pour entamer dessus la construction de nouveaux réacteurs. La localisation stratégique de ces sites (proximité de source d’eau de refroidissement, poste d’interconnexion, réseaux de transport d’électricité, sécurisation des sites etc., les rend incontournables pour l’installation de nouveaux réacteurs; et cela engage donc la France dans le choix du maintien de l’option nucléaire dans les 30 prochaines années ,cela, comme l’on peut le remarquer une fois de plus, sans aucun débat démocratique et citoyen!

Revenons donc à Bonvert : décentrer vers une petite ville comme Roanne, loin des centrales nucléaires des activités de maintenance, et en plus précisément aussi, des activités de recherche et de production aux fins de nouveaux matériels, tout cela pour la prolongation des vielles centrale et la construction des nouvelles, c’est clairement engager le Roannais dans les choix de la politique nucléaire à venir. Monsieur Avocat, ayez l’amabilité de ne pas nous prendre pour des benêts :      de       cette             «  petite usine » naîtront sûrement des grandes. Après Sita et Seveso II la grande commune de Mably n’est pas au bout ses surprises et de ses peines.   

On sait en plus l'opacité et le mystère, voire le secret qui entourent les activités de la filière nucléaire... les incidents camouflés, minorés, l’inconscience de certains comportements...

La proximité des anciennes mines d’uranium des Bois Noirs, près de St-Just-en-Chevalet et St-Priest-la-Prugne, nous en apportent largement la preuve, et par ce biais déjà, l’on peut dire que la région a assez donné, sans parler de la construction du barrage de Villerest (avec  pollution des eaux notamment par stagnation), qui sert à refroidir La centrale de Briare…

Et bien d'autres exemples en apportent la preuve.

Ce ne sont pas nos difficultés pour obtenir un dossier sérieux et précis de BCSN qui pourrait nous rassurer, par exemple, et tout bêtement sur l'existence possible, la composition, et le fonctionnement d’une Commission Locale d'Information et de Surveillance sur les lieux d'implantation, avec des pouvoir réels et juridiquement reconnus : Or chacun sait qu’en France ce genre de contrôle citoyen n’a aucune existence légale pour les installations nucléaires... Quel pouvoir pourrait bien avoir le Grand Roanne face à une telle société privée. Permettez nous de répondre par avance : Aucun.

On est même allé jusqu’à voir AREVA (l'ex-COGEMA), entreprise à capitaux pourtant publics, cacher à l'Autorité de Sûreté nucléaire (l'ASN) les graves incidents du Tricastin en 2008 : 75kg d'uranium rejetés dans les cours d’eaux avoisinants ,privant d'eau potable la population et portant un coup sévère aux productions agricoles locales. Il a fallu l'intervention d'associations citoyennes bénévoles pour obtenir une certaine  condamnation d'AREVA en octobre dernier.

Bien entendu, le vieillissement des centrales nucléaire offre ainsi un MARCHÉ aux entreprises de la déconstruction de sites nucléaires...  Mais pour nous, ce n'est pas le marché qui compte, c'est d'abord la santé et l'environnement, et cela n'a pas de prix...

 

EN CONCLUSION :

 

Comment peut-on parler d'une « filière éco industrielle » ? Comment peut-on parler de « logique de développement durable », quand on sait que, dans le nucléaire, ce qui est durable, ce sont les déchets (1200 tonnes par an), quand on sait que les centrales laisseront à nos descendants des friches, non pas « éco industrielles », mais des friches radioactives durablement.

Douze réacteurs arrêtés attendent leur déconstruction et l'expérience de la déconstruction de la petite centrale de Brennilis, en Bretagne, arrêtée depuis 26 ans, n'invite pas plus à l'optimiste que le reste... Le niveau 3 de la déconstruction, celui qui concerne les zones directement liées au bloc réacteur, n'est pas engagé, il pose de sérieux problèmes... Prévu pour commencer en 2007, il devait être achevé vers 2020.

Pour terminer avec le problème local qui nous réunit ce soir... les élus du Grand Roanne peuvent-ils donner un chèque en blanc pour un projet aussi vague et aberrant quant à l’idée de cette usine décentralisée, entraînant des allées et venues sur nos routes et voies ferrées de matériels évidemment radioactifs, et par là même la prolifération et la dissémination des risques de contamination.

Notre collectif  cherche à démontrer que Grand Roanne Agglomération  veut nous engager dans la politique de maintien de la production d’énergie nucléaire en France et qu’on ne peut pas faire ici l’économie d’un débat sur la pertinence de ce choix: Notre rôle ne saurait se borner à préserver égoïstement la qualité sanitaire de cette magnifique région, à laquelle nous tenons nous aussi tout autant que d’autres.

Il faudra bien pourtant neutraliser du nucléaire tout ce qui pourra l'être... mais alors,  pour en sortir, il faut absolument Sortir du nucléaire.

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