La zone de Bonvert : cinquante ans sans emploi, bonne pour la retraite

Publié le par mablysansnucleaire

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Les prémices

Dès le début des années 1960, le Groupement de Roanne prévoyait dans son Plan d’urbanisme directeur une zone industrielle à Bonvert en continuité avec l’Arsenal. Elle était traversée par une voirie principale se prolongeant jusqu’à un échangeur avec la RN7 à la Demi-lieue.

 

1964 Plan Urba
  1964 Plan Urba -titre

         

      (extrait)     

    

Pour préparer cette future zone industrielle la commune de Mably fit l’acquisition des terrains à partir de 1969 : le domaine Champagne de l’Arsenal puis les petites exploitations agricoles situées dans le périmètre, au fur et à mesure de leur cessation d’activité.

En 1976 la commune avait constitué une réserve foncière de 90 hectares.

 

Le SDAU 1977 : objectif « l’an 2000 » !

En 1977, le Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme (SDAU) de l’agglomération de Roanne, extrapolant les « Trente glorieuses » imaginait qu’en l’an 2000 –chiffre mythique– une zone industrielle s’étalerait du port de Roanne jusqu’à Bonvert et serait desservie par deux routes à 2x2 voies (pénétrante Est et pénétrante Nord) bouclant sur une RN7 autoroutière à 2x2 voies elle aussi.

 

        1977-SDAU-copie-1.jpg

(carte légendée par nos soins d’après le texte du SDAU)

     

Le déclin industriel et démographique fit rapidement abandonner les projets de grande Rocade Ouest et de pénétrantes, isolant Bonvert de la Nationale 7 principale artère du Roannais.

Pour démarrer l’industrialisation de la zone, la ville de Mably réalisa deux amorces de rues à partir de la D 39. Quelques PME s’installèrent et la commune poursuivit son effort en faveur de l’activité économique et de l’emploi en finançant par crédit-bail la construction de plusieurs bâtiments industriels qui se garnirent mais le développement s’arrêta là. 

Disposant d’une grande réserve foncière en attente d’expansion industrielle de plus en plus hypothétique, les élus de Mably créèrent en 1983 l’étang communal de pêche du Merlin et progressivement jusqu’en 1993 tout un ensemble[1]dédié aux loisirs et aux sports.

Plusieurs de ces occupations n’existèrent que quelques années mais les plus importantes sont aujourd’hui des pôles incontournables.

 

En 1993, Bonvert devient Z.I.A. « Zone d’intérêt d’agglomération »

Le Schéma directeur de l’agglomération de Roanne élaboré pour la période 1993-2010 conserva la zone de Bonvert comme pôle de développement majeur et la désigna sous le vocable de «  Zone d’intérêt d’agglomération ».

Les projets de pénétrantes ayant été abandonnés, elle n’était pourtant plus reliée à la Nationale 7 que par deux départementales classiques : la D 27 (rue Pierre Corneille) et la D 39 (qualifiée de « départementale verte » et traversant Mably-Bourg).

Mais sur le papier la zone de Bonvert prolongeait harmonieusement la zone industrielle de l’Arsenal-Sud et le domaine de Giat-industries. Les bureaux d’études dessinent des jolis plans…

Comme un premier signe, le District du Grand Roanne acheta à la ville de Mably l’ancien bâtiment Champagne de l’Arsenal pour le transformer en bénéficiant de subventions et le revendre en 1994 à l’entreprise Intexa (teinture et anoblissement). Ce premier signe resta le seul, aucune autre entreprise ne vint s’installer. Intexa s’est progressivement délocalisé en Chine à partir de 2004 et son site de Bonvert a fermé en 2007.

            1993 SDAR

 

 

En 1996, Bonvert est labellisée Z.A.I.N. « Zone d’activités d’intérêt national »

Dans le cadre du Schéma départemental d’accueil économique, le Conseil Général adopta en 1996 deux Zones d’activités d’intérêt national (ZAIN) : une au sud, la ZAIN du Brûlé, près de l’aéroport d’Andrézieux-Bouthéon, l’autre au nord, la ZAIN de Bonvert.

A peine labellisée, celle-ci fut proposée à Toyota qui souhaitait fabriquer son modèle Yaris en Europe mais le site était loin de répondre aux besoins du géant automobile.

Bien vite il se confirma que la ZAIN de Bonvert n’était pas à la hauteur d’une entreprise de taille  nationale ou internationale et ne pouvait pas non plus correspondre à une vocation unique.

 

             

       

De 1996…

 

1996 Bonvert ADEL
… à 2012

 

2012 Bonvert ADEL

 

Pendant 16 ans les plaquettes de com’ n’ont pas ménagé leurs efforts d’attractivité ! En vain.

 

Dès lors, toute candidature fut bonne à prendre. Celle d’un entrepôt logistique classé Seveso fut rejetée par la mobilisation des habitants de Mably et du Roannais, puis d’autres pistes furent évoquées sans aucune concrétisation. Leur liste relève d’un inventaire à la Prévert : entrepôt à froid dirigé, pyrolyse de pneus usagés, abattoir et agro-alimentaire, déconstruction de matériel roulant…

La dernière en date fait peser le risque de dissémination radioactive : une base chaude de maintenance et d’entreposage de matériels contaminés provenant de tous les sites nucléaires de France. L’opposition qui s’est immédiatement manifestée a forcé au débat et espère bien obtenir l’abandon de ce projet.

 

Quel avenir pour la ZAIN de Bonvert ?

Sur plus de cinquante ans, quelques PME seulement se sont installées, grâce à l’aide publique pour la plupart.

En désespérance d’industrie, des activités de loisirs et de sports ont pris place, amputant la future zone de plus de 20 hectares.

La loi Grenelle de l’Environnement n’autorisant plus la disparition des zones humides, ce sont 40 hectares supplémentaires qui sont devenus non aménageables. Près de la moitié de la surface !   

Les projets de liaisons directes et rapides avec la RN 7 sont abandonnés depuis longtemps et plusieurs kilomètres de zone urbaine séparent Bonvert de la gare SNCF. La ZAIN de Bonvert est isolée, loin de l’axe routier comme du ferroviaire.

Est-il raisonnable de s’arc-bouter sur les vestiges d’un vieux projet alors que tout a changé pendant le long sommeil de la Belle au Bois Dormant ?

 

Pour un avenir d’emplois et de santé publique

En manque de terrains pour se développer et répondre à la demande locale, les agriculteurs bio du Roannais ont présenté en 2012 un grand projet diversifié et viable sur ces terres alluviales dont la collectivité est propriétaire. Les élus de Mably et du Grand Roanne sauront-ils saisir cette opportunité pour le 21ème siècle ?



[1] En 1983 : l’étang communal de pêche du Merlin, un terrain de basket, des circuits de bi-cross (à présent BMX), de mob-cross, de moto-cross et un jardin bio associatif, la Coccinelle. Vinrent s’ajouter un circuit de modèles réduits radio-commandés (1984) , un club sérinophile, le rucher école (1987), un terrain d’accueil des nomades (1988), le club de tir à l’arc (1991), le musée de Maya l’abeille et la base ULM (1992), le quai d’amarrage pour la navigation de plaisance sur le canal (1993).

 

 

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