Bases chaudes françaises: chaud devant !

Publié le par mablysansnucleaire

Une « base chaude » sert à la maintenance et à l’entreposage de matériels irradiés provenant de centrales nucléaires.

 

ETAT DES LIEUX  

- AREVA NP possède des bases chaudes à Maubeuge (SOMANU), à Cadarache (ICSUD), à Sully sur Loire (CEDOS), à Chalon sur Saône (CEMO)

- AREVA STMI dispose d’une base chaude à Bollène (Triade)

- ONET possède une base chaude à Pierrelatte

- EDF et la SOCATRI disposent d’une base chaude à Tricastin (BCOT)

 

PROJET DE BASE CHAUDE DE BCSN

Bouygues Construction Services Nucléaires envisage de s’installer à Mably dans un bâtiment existant de 1 700 m² sur la zone de Bonvert. Bouygues nucléaire prévoit d’y aménager une base chaude de 400 m² (avec possibilité d’extension à terme). La base chaude de BCSN serait d’une superficie comparable à celle des bases chaudes de CEMO (400 m²) et d’ICSUD (500 m²).

 

INCIDENTS DECLARES

Plusieurs « incidents » significatifs liés aux bases chaudes ont été recensés par l’Autorité de Surêté Nucléaire.

 

A titre d’exemple, le plancher d’une camionnette provenant de la base chaude du Tricastin a été contaminé  à hauteur de 85 660 becquerels par centimètres carrés, valeur très supérieure à la limite autorisée de 4 becquerels par centimètres carrés imposée par la réglementation. En raison de la sortie de la contamination à l'extérieur de la base chaude du Tricastin et du niveau de cette contamination, cet événement a été classé par l’ASN au niveau 1 de l'échelle INES [1]

 

Autre incident : un conteneur expédié depuis la base chaude du Tricastin est arrivé percé à la centrale nucléaire de Gravelines le 4 septembre 2001. Ce conteneur radioactif présentait en partie basse un trou  obturé par un ruban adhésif de couleur identique au conteneur. Le percement semble avoir été provoqué par la fourche d'un engin de manutention.

Le percement du conteneur et son obturation de fortune n'ont pas été détectés par le personnel de la base chaude lors des contrôles préalables au départ du colis.

La dégradation d'une fonction de sûreté relative au confinement des matières radioactives, d'une part, la réparation de fortune non signalée, révélatrice d'un manque de culture de sûreté, d'autre part, ont conduit l'Autorité de sûreté nucléaire à classer cet événement au niveau 1 de l'échelle internationale de gravité des événements nucléaires (INES) [2].

 

Le 10 août 2001, la société SOMANU de Maubeuge a expédié une citerne d'effluents liquides radioactifs vers le CEA de Saclay. Une mesure de débit de dose au contact de la citerne à l’arrivée a donné la valeur de 2,7 millisieverts/heure, supérieure au seuil de 2 millisieverts/heure fixé par la réglementation des transports.

Compte tenu du fait que la citerne ne respectait pas les critères d'acceptation du CEA de Saclay, la SOMANU a déclaré l'incident au niveau 0 sur l'échelle INES. L'Autorité de Sûreté Nucléaire a décidé de reclasser l'incident au niveau 1 de l'échelle INES pour non-respect des conditions normales de la réglementation des transports [3].

 

CONDITIONS DE TRAVAIL

Les conditions de travail dans les bases chaudes ne sont pas toujours optimales. Certains employeurs ont en outre recours à de la main d’œuvre étrangère ce qui peut poser des problèmes de sûreté et peut favoriser les infractions à la législation sur le travail.

Ainsi l’ASN constate dans son rapport d’inspection du 17/11/10 concernant la base chaude SOMANU : « Les dispositions de prise en charge des agents des opérateurs étrangers qui interviennent dans les ateliers de SOMANU doivent être renforcées, notamment en apportant plus de rigueur vis à vis des dispositions des codes du travail et de santé publique auxquels ces agents sont soumis lors de leurs interventions. » [4]

 

Le groupe Bouygues, dont BCSN est une filiale, a par ailleurs été mis en cause en 2011 pour avoir dissimulé des accidents du travail sur le chantier du réacteur nucléaire EPR de Flamanville.

   


 

[1] ASN, avis d’incident du 30/06/2006 http://www.asn.fr/index.php/content/view/full/107547

 

[2] ASN, avis d’incident du 02/09/2001 http://www.asn.fr/index.php/content/view/full/107542

 

[3] ASN, avis d’incident du 30/08/2001 http://www.asn.fr/index.php/content/view/full/107537

 

[4] ASN, rapport d’inspection du 17/11/2010 http://www.asn.fr/index.php/content/download/27914/168432/file/INSSN-DOA-2010-0131.pdf

Publié dans Le nucléaire

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