Les réunions de BCSN en juin 2011 - Objectif : dorer la pilule

Publié le par mablysansnucleaire

Faire de la com’ est-ce raconter n’importe quoi pour vendre son produit ?

C’est pourtant ce qu’est venu faire fin juin à Roanne le directeur général de Bouygues Construction Services Nucléaires, Mr Eric Moulin.

La population ayant trouvé trop amère la pilule « base chaude », BCSN a laissé passer quelques mois avant de revenir à la charge, mais avec un plan de com’ cette fois. Pour dorer la pilule. Jusqu’à l’outrance, quitte à prendre les gens pour des gogos.

 

pip nuc

 

Primo, ne pas parler de ce qui fâche.

Virage spectaculaire entre la conférence de presse du PDG Thomas Chauveau (le Progrès 09/11/2010) et le discours du directeur général Eric Moulin fin juin 2011. Le premier avait surtout parlé de l’atelier base chaude et très peu du développement de nouveaux matériels. D’ailleurs, les brèves dans le Progrès en pages régionales et sur le site internet de L’Usine nouvelle n’avaient cité que cet atelier base chaude. Au contraire, en réunion publique le 29 juin, Eric Moulin tenta de minimiser la base chaude en mettant en avant le plus possible la conception de robots et les emplois de haut niveau, ingénieurs, techniciens supérieurs, informaticiens.

 

Deuzio, même pas peur du ridicule.

(en italique ci-dessous, des affirmations de Mr Moulin lors de la réunion publique du 29 juin,  intégralement enregistrée en audio, et des citations de son interview dans le Progrès du 07/07/11)

 

-          « Le centre de conception de robots est indispensable à la base chaude : qui pourrait mieux entretenir les robots que ceux qui les ont conçus et fabriqués ? »

Comme si les ingénieurs et techniciens d’études allaient dans l’atelier de confinement radioactif manipuler la clé à molette, vidanger l’huile des moteurs hydrauliques ou changer des composants sur les circuits électroniques, puis retournaient dans leur bureau pour inventer de nouveaux engins. Mr Moulin, faites-nous visiter une base chaude existante, pour vérifier vos dires.

 

-          « Les robots utilisés par BCSN sont fabriqués par BCSN. »

Manque de chance pour ce mensonge, sur les diapos projetées par BCSN à la réunion publique l’un des exemples était une mini-pelle Brook radiocommandée œuvrant sur le chantier BCSN de déconstruction du réacteur nucléaire Siloé à Grenoble. Cette mini-pelle étant un engin du commerce, elle n’est pas fabriquée par BCSN.

En outre, il est écrit dans la note de présentation du projet envoyée par BCSN en janvier, que la base chaude pourra faire aussi de la maintenance pour d’autres opérateurs.

 

-          « Les robots qui reviendront pour maintenance seront démontés et nettoyés au pinceau et à la lingette. »

Surtout ne pas prononcer le mot tabou « décontamination ». Parler de nettoyage.

Quant au pinceau et à la lingette, même le professeur Rémillieux de l’Institut de Physique Nucléaire de Lyon a émis des doutes sur cette annonce en réunion d’information des élus le 27 juin, alors qu’il était là pour servir de caution scientifique à BCSN…

 

-           « La maintenance des robots représentera 11 % de l’activité du site. »

Un directeur, ça aime la précision. Ça prévoit au pourcent près.

Par contre le PDG disait en novembre que la maintenance des robots constituerait l’essentiel de l’activité du site !

 

-          « Un camion par mois environ. »

Pour une entreprise industrielle de 50 emplois ??

 

-          « Le Roannais est central en France par rapport à l’ensemble des installations nucléaires, avec l’arrivée de l’autoroute il va se retrouver désenclavé. »

Avec un seul camion par mois, ça vaut le coup !

 

-          « Comme on n’a pas encore de base chaude pour effecteur leur maintenance on est obligé de jeter nos robots après usage, en déchets radioactifs. »

Quel gâchis n’est-ce pas ? Mais non, c’est encore un gros mensonge ! BCSN effectue jusqu’à présent la maintenance de ses robots en louant des surfaces dans des bases chaudes de ses concurrents, c’est le PDG Chauveau qui l’a dit le 21 décembre 2010 à la réunion d’information des élus.

 

 

Dans le maquis des unités de radioactivité

 

« La radioactivité émanant de la totalité des produits contenus dans un camion sera comparable à celle d’une maison en granit, soit 100 mégabecquerels.»

Tout faux, Mr Moulin ! D’abord, il devrait revoir ses bases. Une maison en granit c’est 3000 ou 4000 mégabecquerels, trente ou quarante fois plus que l’indication donnée.

Mais surtout, cela n’a aucun sens de comparer l’activité en becquerels (nombre de désintégrations par seconde) d’un camion de matériels contaminés et d’une maison en granit. Ce qui est réglementé et contrôlé, c’est l’irradiation en millisieverts car elle correspond aux risques biologiques. Et là, la comparaison est largement au désavantage du camion.

La réglementation autorise les transports routiers radioactifs jusqu’à 2 millisieverts par heure alors que l’irradiation due à une maison en granit est d’environ 2 millisieverts par an (en plus des autres sources de radioactivité naturelle). Par heure ou par an, la différence est de taille !

C’est un grand classique de la com’ sur le nucléaire, jouer sur la méconnaissance du public – et des élus – en termes d’unités de radioactivité pour amener à croire que les transports de robots et autres matériels contaminés ne sont pas plus dangereux que la radioactivité naturelle.

 

 

Petits oublis entre amis

 

Dans l’interview publiée par le Progrès le 7 juillet 2011, Mr Moulin reconnaît que c’est lors du  débat public le 29 juin qu’il a appris l’existence d’un double risque inondation à Bonvert : par le ruisseau Marly (appelé aussi le Fuyant) et en cas de rupture du barrage de Villerest.

Pourtant, le Grand Roanne avait fait faire en 2005 une étude hydraulique sur le Marly et celle-ci avait démontré la nécessité de deux bassins de rétention en amont de Bonvert, d’une capacité totale de 70 000 m3, dont la réalisation n’est toujours pas programmée.

Le Grand Roanne aurait-il oublié d’avertir BCSN que le Marly inonde régulièrement les voies d’accès et les terrains autour du bâtiment proposé pour installer sa base chaude ?

Quant au risque de rupture du barrage de Villerest, la DDE (devenue DDT) avait fait calculer l’onde de submersion, et Bonvert serait effectivement inondé.

Les services de l’Etat auraient-ils oublié, eux-aussi, de prévenir BCSN que son projet se situait dans la zone submergée en cas de rupture du barrage de Villerest ?

Les seuls renseignements fournis à BCSN concernaient les zones inondables par les crues de la Loire. Et par celles-là, Bonvert n’est pas touché.

Tout cela est-il bien sérieux, pour un projet d’installation devant recevoir des matériels radioactifs, effectuer leur maintenance et les entreposer ainsi que les déchets induits ?

Les négligences si souvent dénoncées dans le domaine nucléaire sont donc bien présentes ici, dès le début.

 

Un pneumologue promoteur du tabac

 

Pour leur campagne de com’ fin juin auprès des élus, du milieu économique et industriel, des syndicats ouvriers, des universitaires et du monde de la recherche, de la Conférence économique et sociale et du Conseil local de développement, les dirigeants de BCSN s’étaient entourés de personnalités compétentes servant de caution scientifique : Mr Remilleux, professeur émérite de l’Institut de physique nucléaire, Université Lyon I, Mr Cordero, retraité du CEA, expert en radioprotection, et Mr Gourmelon, chef du département de protection de la santé de l’homme à l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire).

Ainsi, Mr Gourmelon, chef de département dans l’organisme chargé des contrôles de sûreté nucléaire, est-il venu assurer par avance que BCSN respectera toute la réglementation.

Mais Mr Gourmelon est aussi un spécialiste international des lésions causées par les fortes irradiations. C’est donc un peu comme si un spécialiste du cancer du poumon venait promouvoir l’installation d’un bureau de tabac en disant aux clients qu’à faible dose il n’y a pas de danger. 

 

 

Moralité

 

Aucune confiance en ces gens-là !

  

 

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