Position du Collectif Mably sans nucléaire (actualisation nov. 2011)

Publié le par mablysansnucleaire

table ronde 

(actualisation : 25 novembre 2011)

 

Le 8 novembre 2010 était annoncé le projet d’installation par BCSN de sa base chaude nationale de maintenance d’outillages et de robots utilisés dans les bâtiments réacteurs des centrales nucléaires et des réacteurs de recherche.

Notre Collectif de réflexion et d'information s’est constitué fin novembre avec deux objectifs : obtenir que la CRIIRAD soit consultée pour expertiser le dossier du projet, et organiser un débat public pour informer largement et en toute transparence la population et les élus du Roannais.

 

Nous avons organisé deux débats publics.

 

Pour le premier débat, le 23 février 2011, le PDG de BCSN s’est dérobé au dernier moment alors qu’il s’était engagé à y participer. Le Président du Grand Roanne était présent, ainsi que le Président de la CRIIRAD bien qu’il n’ait pas reçu de BCSN le dossier technique qu’il réclamait sur le projet. Côté public, la salle était comble,  au-delà de 250 personnes la sécurité avait refusé l’entrée.

 

Deux semaines plus tard, le 11 mars 2011, au Japon, un tremblement de terre suivi d’un tsunami déclenchait la catastrophe nucléaire de Fukushima.

 

Au second débat, le 29 juin 2011,  BCSN était présent mais toujours sans dossier technique et nous n’avons donc pas jugé utile de faire déplacer à nouveau le Président de la CRIIRAD.

Ce jour-là, des engagements ont été pris devant le public :

-          Le Directeur général de BCSN s’est engagé à fournir un dossier technique au Grand Roanne au plus tard fin novembre 2011

-          Le Président du Grand Roanne a annoncé qu’aucune décision ne serait prise avant que BCSN n’ait fourni un dossier complet et que celui-ci ait été expertisé par la CRIIRAD et validé par l’ASN. Il a ajouté que le Conseil municipal de Mably serait consulté après cette validation et que son avis s’imposerait à la Communauté d’agglomération.

 

En approfondissant sa réflexion sur les bases chaudes et au vu du comportement des dirigeants de BCSN (parole non tenue par le PDG le 23 février, absence de dossier technique, contre-vérités dans l’information des élus, affirmations irréalistes en public et dans la presse, mise en retrait de la base chaude dans la communication au profit de la mise en avant d’une base froide de recherche et développement), le Collectif a infléchi son objectif : il demande dorénavant l’abandon du projet.

 

Le Collectif partage avec les élus du Grand Roanne et des communes le souci de développer l'activité économique pour créer des emplois dans le Roannais. Le projet BCSN porte sur 15 emplois au départ et 50 emplois à terme mais a-t-il une logique économique et environnementale ?

 

On peut comprendre l'intérêt d'une « base froide » au milieu de la France pour concevoir et fabriquer des machines spéciales et des robots destinés aux opérations de maintenance et de déconstruction en milieu radioactif. L’enseignement supérieur et les laboratoires de recherche du Centre universitaire roannais constituent un potentiel d’accueil et de partenariat favorables à ce genre d’activité, ainsi que la forte tradition d’industrie mécanique à Roanne.

 

Par contre, les « bases chaudes » doivent se situer à proximité immédiate des installations nucléaires pour entretenir, remettre en état, entreposer, les outillages et les robots après leur utilisation en zone radioactive contaminante. Si les nécessités industrielles exigent que, par économie des moyens mis en œuvre, chaque société de services nucléaires ait une seule base chaude de maintenance sur la France, alors elle doit se situer dans un grand centre nucléaire déjà existant, comme Marcoule ou Pierrelatte dont les zones industrielles sont dédiées à tous les secteurs d’activités du nucléaire.

Les territoires exempts d’installations nucléaires ne doivent pas en recevoir, et rester préservés des risques de contamination de l’air, des eaux, des bâtiments et du sol.

Les transports radioactifs doivent être limités le plus possible.

L’exploitation des bases chaudes ne doit pas être laissée à des sociétés dont les préoccupations premières sont le chiffre d’affaires face à la concurrence, la cotation en Bourse et les bénéfices des actionnaires, au détriment de la protection des salariés, de la population et de l’environnement.

 

On connaît trop l'opacité, le secret qui entoure les activités de la filière nucléaire. Périodiquement sont révélés par la presse des incidents camouflés ou minorés.

Les dysfonctionnements de Bouygues Construction, ses manquements à la sécurité et ses malfaçons dans la construction de l’EPR à Flamanville sont légion, ce qui n’incite pas à envisager avec sérénité l’installation sur le Roannais d’une base chaude par sa filiale BCSN.

Même des entreprises à capitaux d’État comme Areva ou EDF et leurs filiales cachent des incidents à l’ASN ou les déclarent à retardement comme les 74 kg d’uranium en solution rejetés par la Socatri, filiale d’Areva, dans des cours d’eau au Tricastin en juillet 2008, privant la population d’eau potable et portant un coup sévère aux productions agricoles locales. Il a fallu l'intervention d'associations citoyennes pour obtenir la condamnation de la Socatri en octobre 2010 pour non respect de l’obligation de déclaration immédiate de l’incident.

Plus récemment, en septembre 2011, à Marcoule l’explosion d’un four à la Socodei, filiale d’EDF, a montré des limites dans l’action préventive de l’ASN et la minoration par l’exploitant dans ses déclarations sur les circonstances et les conséquences de l’accident.

La proximité géographique des anciennes mines d’uranium des Bois Noirs à Saint-Priest-la-Prugne, exploitées de 1955 à 1980, nous a appris à connaître l’inconscience dont peuvent faire preuve les industriels du nucléaire, la durabilité des effets néfastes et la difficulté à les faire prendre en compte. Le Collectif Bois Noirs et les élus locaux s’y emploient depuis trente ans et c’est loin d’être fini.

 

La décision de prolonger l’exploitation des centrales nucléaires ouvre un important marché de remplacement d’organes usagés.

Un autre marché prometteur serait la déconstruction des centrales de première génération, en arrêt définitif. Cependant, l'expérience du démantèlement de la petite centrale (70 MW) de Brennilis, en Bretagne, fermée en 1985 après 20 ans de fonctionnement, n'invite guère à l'optimisme. Le niveau 3 de la déconstruction, concernant le bloc réacteur, pose plus de problèmes que prévu et n'est pas engagé alors qu’il devait commencer en 2007.

Pour le Collectif, ce n’est pas le marché qui compte, c’est d’abord la santé et l’environnement.  

 

Le Grand Roanne présente le projet BCSN en parlant de « filière éco-industrielle » et de « logique de développement durable ». Ces termes nous paraissent particulièrement inopportuns et choquants car dans le nucléaire, ce qui est durable ce sont les déchets et les sites contaminés. Nos anciens nous ont légué leurs abbayes romanes, leurs cathédrales et leurs châteaux. Nous laisserons nos friches radioactives et nos zones interdites à nos successeurs sur cette Terre.

 

Pour le Collectif, il est inacceptable de « nucléariser » un territoire qui ne l’est pas jusqu’à présent, de multiplier la dissémination de matériels contaminés et les risques dans les transports.

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