Réunion d'information des élus du Grand Roanne sur le projet BCSN: questions-réponses

Publié le par mablysansnucleaire

Questions-Réponses commentées

 Réunion d’information

du 21 décembre 2010 pour les élus du Grand Roanne

sur le projet d’implantation de BCSN à Mably

 

(BCSN : Bouygues Construction Services Nucléaires)

 

 

Intervenants :

M. Christian Avocat, Président du Grand Roanne – M. Thomas Chauveau, PDG de BCSN – M. Olivier LeMaire en charge du développement chez BCSN – M. Adrien Bidaud, maître de conférence au Laboratoire de physique subatomique et de cosmologie de Grenoble.

 

 

Question : Que se passera-t-il si BCSN quitte le site au bout de X années ?

 

Réponse du PDG de BCSN : Quand on s’en va, on est obligé de démanteler totalement la « zone nucléaire » et il ne doit plus rester de radioactivité sur le site.

Le démantèlement et la décontamination on s’y engage car on est responsable de tout ce qu’on produit : on part en laissant derrière nous le site dans l’état où on l’a pris.

 

Les habitants de Saint-Priest-la-Prugne et des villages voisins en savent quelque chose ! La mine et l’usine ont fermé en 1980, et depuis 30 ans le Collectif Bois Noirs et les élus locaux se battent sans relâche pour que la Cogéma (et Areva qui lui a succédé) dépolluent ce qui peut l’être et surveillent le site pour ce qui ne peut pas être dépollué.    

 

Mais bien sûr, avec BCSN, ce ne serait pas pareil. L’entreprise enlèverait toute trace de radioactivité avant de partir, c’est le pdg, M. Chauveau, qui le dit.

On sait donc à quoi on peut s’attendre puisque ce même M. Chauveau avait dit qu’il participerait au débat public du 23 février et qu’au dernier moment il s’est décommandé…

 

Les Centres d’enfouissement d’ordures ménagères, ont l’obligation de constituer, sous contrôle de l’Etat, des garanties financières auprès des banques pour faire face à leur éventuelle défaillance. Par exemple pour mettre le site en sécurité pour l’environnement si l’entreprise se dissout ou fait faillite.

Même chose pour les carrières de roches dures ou les gravières d’extraction de granulats. 

Par contre, pour une installation travaillant dans le nucléaire : rien !

 

M. Ladet, maire de Mably, intervient pour dire qu’il souhaite que l’inquiétude des habitants soit prise en compte et que la transparence est nécessaire.

Pour lui, il faut aller plus loin sur les aspects biologiques avec les autres élus médecins, et faire appel à la Criirad pour une expertise du dossier.

Il pose la question de savoir si une CLIS est obligatoire pour ce type d’installation.

Le PDG de BCSN demande ce qu’est une CLIS.

S’il ne sait pas ce qu’est une CLIS, on peut en déduire qu’elle n’est pas prévue….

M. Ladet : c’est une Commission Locale d’Information et de Surveillance

Réponse du PDG de BCSN: Je ne crois pas que ce soit obligatoire dans notre cas. Mais il y a une loi sur la transparence nucléaire, on est prêt à tout vous montrer et on suit la réglementation. On n’a aucun intérêt à cacher quoi que ce soit.

 

Les Centres d’enfouissement d’ordures ménagères ont obligatoirement une CLIS, pour faire le point au moins une fois par an mais plus souvent si nécessaire. Elle est présidée par le sous-préfet, avec l’inspecteur des services de l’Etat, des représentants de l’exploitant, des élus locaux et des associations de protection de l’environnement.

Les centrales nucléaires ont l’obligation d’avoir une CLI : Commission Locale d’Information. Sans le S de surveillance.

Le démantèlement de la centrale de Brennilis, en Bretagne a une CLIS, mais son S ne signifie pas Surveillance, il signifie seulement Suivi.

Et pour la base chaude de BCSN, pas de CLIS avec ou sans S, rien ! 

Décidément, le nucléaire est un domaine particulier.

 

 

Question : Quel est le taux de contamination des matériels ?

Réponse de M. Bidaud : Je ne sais pas ce qui arrivera comme matériel contaminé sur le site

Il a déjà dit qu’il ne connaît pas le dossier pour lequel il est venu apporter une soi-disant « caution scientifique », ce n’est qu’une confirmation.

Il ne peut que donner quelques repères sur les taux de radioactivité :

-          le sievert est une unité qui prend en compte l’impact biologique sur l’homme

-          radioactivité naturelle : autour de 1 millisievert (1 mSv)

-          travailleurs soumis aux rayonnements : la dose doit rester inférieure à 20 mSv/an

-          applications médicales : chaque français reçoit en moyenne 2 mSv/an

 

Selon lui, le développement des cancers par exposition des personnes à la radioactivité est très faible. Il cite Hiroshima et Nagasaki où il y aurait eu 1 % de cancers en plus par rapport à la normale 

 

Et il poursuit en disant qu’on sait très bien contrôler la radioactivité. Et comme elle se mesure à distance, c’est mieux que pour les industries pétrolières ou chimiques où il faut « y mettre les mains ».

 

Un graphique des expositions de la population à la radioactivité est projeté sur écran :

-          en haut de l’échelle (fortes expositions) : radio dentaire panoramique, vol Paris – New-York, ski en montagne, etc,

-          tout en bas de l’échelle (faible exposition) : une centrale nucléaire.

 

On trouve classiquement ce genre de graphique dans les publications du Commissariat à l’énergie atomique ou dans les fascicules d’EDF vantant les mérites du recours au nucléaire.

Et pourtant, qui peut croire qu’un examen radiographique serait bien plus dangereux qu’une centrale nucléaire ?

 

Question : Quel est le type de contamination des matériels ?

Réponse du PDG de BCSN et de M.LeMaire : La contamination, c’est des petites poussières radioactives.

Elles peuvent être des trois types de radioactivité : béta et gamma principalement, et très rarement alpha.

On peut se protéger par des écrans : la radioactivité alpha est stoppée par une simple feuille de papier, les autres le sont par du plomb ou une épaisseur de béton.

 

Mais quand les « petites poussières radioactives » sont en suspension dans l’air de l’atelier ? Ou emportées par l’eau ?

 

 

Question : D’où proviendront les matériels à entretenir ? De France ? De l’étranger ? De centrales nucléaires russes ?

Réponse du PDG de BCSN et de M.LeMaire : Il n’y aura pas de matériel provenant de l’étranger, cela nécessiterait des accords intergouvernementaux.

 

 

Question : En cas de scénario catastrophe quel serait le périmètre de danger ?

Réponse du PDG de BCSN: La catastrophe, c’est un avion qui s’écrase. Mais le peu de contamination qui existe est fixée par du vernis, donc le risque est quasi-nul.

En cas d’incendie, ce sera prévu dans le dossier.

Et s’il devait arriver qu’une poussière radioactive sorte de notre site pour aller dans le champ d’à côté, on irait la chercher.

 

Cette dernière affirmation est à rapprocher des rejets radioactifs de la base chaude de la Socatri dans le Tricastin, qui ont défrayé la chronique en 2008 (jugement et condamnation en octobre 2010).

Les vins du Tricastin veulent changer d’appellation pour que leur nom ne soit plus associé à la mauvaise image du nucléaire…

 

 

Question : Pourquoi à Mably ? Pourquoi la maintenance ne se fait-elle pas sur place ?

Réponse du PDG de BCSN :

-          un même robot peut aller travailler sur plusieurs centrales nucléaires

-          notre base chaude à Mably serait bien positionnée pour la maintenance de nos matériels intervenant dans l’ensemble des centrales nucléaires en France

-          sur la zone industrielle de Bonvert à Mably le Grand Roanne a un projet de grande plateforme de déconstruction de matériels roulants, de ferroviaire, de l’amiante, …

 

L’amiante ? Encore une agréable perspective d’activité industrielle pour Mably !

 

Question : Avez-vous d’autres projets ? Vous implanter ailleurs ?

Réponse du PDG de BCSN : On n’a pas encore de base chaude à nous. Jusqu’à maintenant, on loue des surfaces dans des bases chaudes de nos concurrents. Si on ne s’installe pas ici on ira ailleurs, mais ce serait dommage pour vous.

 

Question : Quel est le montant d’investissement prévu ?

Réponse du PDG de BCSN : En première approche, globalement 1 M€, mais on fera par phases.

 

Pour s’implanter à Mably, BCSN investirait relativement peu car elle bénéficierait de fonds publics. En effet, le bâtiment serait spécialement préparé pour cette activité grâce à EPORA (Etablissement public de l’ouest Rhône-Alpes)

 

Question : Les gens vont-ils continuer à vouloir faire construire sur Mably ?

-          Réponse du PDG de BCSN : Si on compare avec le voisinage d’une industrie chimique qui n’est pas contrôlée, alors que nous dans le nucléaire on est très contrôlé...

Et ce n’est pas une centrale nucléaire, donc ça ne génère pas de crainte.

-          Réponse de M. Avocat : Ce qui fait baisser le prix de l’immobilier c’est l’absence d’emplois.

-          Intervention d’une élue : Je travaille à Pierrelatte et le prix des maisons y est très élevé. Les craintes par rapport au nucléaire, elles sont avant, mais quand on voit que ça génère de l’activité et des emplois…

 

Question : Combien d’emplois ? Création d’emploi ou déplacement de personnel ?

Réponse du PDG de BCSN : De la création d’emplois, bien sûr. Au départ environ 15 personnes.

L’objectif est de gagner des marchés et de se développer. A terme l’objectif est de 40 emplois.

EDF a lancé un gros programme de prolongation de ses centrales nucléaires actuelles et de déconstruction des réacteurs de première génération, on veut être présent sur ce marché.

 

Question : Quel est le risque pour les salariés ?

Réponse du PDG de BCSN : Les salariés sont tous de la catégorie réglementée des travailleurs sous rayonnement ionisant. Le risque est calculé et mesuré.

Le personnel intérimaire n’aurait pas accès à la zone nucléaire.

Pas de problème pour la population.

Pour les salariés non plus, sauf s’il y a un mode dégradé pour une raison ou pour une autre.

 

C’est le « mode dégradé » qui inquiète le plus, justement ! Mais là, il n’y a pas de réponse…

 

 

Question : Le Grand Roanne et BCSN sont-ils d’accord pour participer au débat public qui a été demandé, et pour une expertise par la Criirad ?

-          Réponse de M. Avocat : Le Grand Roanne est d’accord pour participer à un débat public pour discuter sérieusement du projet.

Pour l’expertise, le Grand Roanne en sollicitera deux sur ce dossier : la Criirad et le CNRS (Centre national de la recherche scientifique)

-          Réponse du PDG de BCSN : Pas d’objection pour participer à un débat et pour une expertise par la Criirad.

 

On sait ce qu’il advint de la réponse du PDG de BCSN :

-          Après plusieurs rappels, il a fini par envoyer un dossier à la Criirad, mais ne comportant aucun renseignement sur la contamination radioactive potentielle des matériels ou des robots, les déchets radioactifs générés, les rejets dans l’air, les eaux usées, etc. (« On ne peut pas dire que le dossier soit mauvais, il est vide ! » a dit M. Desbordes, président de la Criirad)

-          Le PDG de BCSN n’est pas venu participer au débat public ! Il a averti le président du Grand Roanne de son absence juste quelques instants avant, par un SMS.

Le fait que le Collectif, organisateur du débat, ait demandé l’autorisation d’enregistrer intégralement le débat en vidéo n’est peut-être pas étranger à sa défection…

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